Abidjan, 19 sept (AIP)- Fille de Mohamed Mounir Camara,
l’ancien président du Conseil national de la communication, Tiguidanké Mounir
Camara est la présidente directrice générale (PDG) de Tigui mining Groupe, une
entreprise d’exploitation des mines créée en 2012 dont le siège est basée en
Côte d’Ivoire. Mannequin professionnel, elle lève un coin de voile sur son
plaidoyer pour l’émergence de la femme, surtout dans le secteur des mines.
Interview.
D’où vous vient cette passion pour les
mines ?
D’abord, étant fille africaine, et venant d’une famille politique, j’ai compris
les enjeux des mines et son impact dans l’économie d’un pays. J’ai compris en
défilant pour des bijoutiers qui avaient des licences d’exploitation en Afrique
que les africains devraient prendre leur destin en main. J’ai constaté que pour
les actions communautaires engagées par certains exploitants n’atteignent pas
les populations.
Pour cause de mal gouvernance, les richesses sont mal reparties au grand dam
des communautés. Aussi, ai-je constaté également que les femmes auparavant
n’étaient pas trop présentes dans le secteur. Le peu de femmes qu’on y voyait,
jouaient les seconds rôles auprès des hommes. J’ai décidé de m’engager auprès
de certaines pour faire changer la donne.
Heureusement, avec l’avènement des nouvelles technologies, les femmes sont de
plus en plus présentes dans le secteur et nous comptons de nombreuses
organisations de femmes telles le réseau de femmes minières de Côte d’Ivoire
(FEMICI), dirigée par Logbo Christine.
Parlant de la présidente du FEMICI, Logbo Christine, elle affirmait lors d’une
l’Assemblée générale en juin dernier que l’activité minière est un secteur
d’avenir qui va attirer beaucoup de femmes, n’est-ce pas une illusion?
Je salue au passage l’engagement de Logbo Christine qui essaie de mettre en
lumière les activités des femmes dans le secteur minier. Nous devons nous
joindre à elle pour faire entendre notre voix auprès des gouvernants. Il faut
les emmener à comprendre que nous ne pouvons pas égaler les hommes quant aux
efforts physiques à déployer dans l’extraction des minerais, mais que nous
sommes aussi capables avec un brin de volonté d’assurer une part. Nos
gouvernants doivent avoir confiance en nous. Car quand la femme s’y met, elle
veut aller jusqu’au bout, et quand une femme veut travailler, elle le fait avec
passion.
Est-ce un défi que vous lancez aux
hommes ?
L’Afrique du Sud a le plus grand nombre de femmes propriétaires de mine partout
dans le monde. L’on en dénombre une vingtaine. Il y a aussi des femmes en
Europe qui ont des licences d’exploitations. Certes, je suis la première en
Afrique, mais j’estime que c’est parce que les autres femmes ont peur de
relever des challenges et elles manquent d’audace. Les femmes en ont les
capacités, il suffit que l’environnement leur soit favorable et que les
gouvernements offrent des opportunités d’embauche.
La chef d’entreprise Tiguidanké Camara en plein boulot d’exploration de
minerais
La chef d’entreprise Tiguidanké Camara en plein boulot d’exploration de
minerais
Qu’attendez-vous concrètement de nos
gouvernements ?
Le travail des mines demandent beaucoup d’efforts. Il faudrait que nos
gouvernants soutiennent les investisseurs locaux. Si nous avons un système qui
soutient les locaux, avec au moins 2,5% d’investisseurs locaux pour un début,
les africains peuvent annoncer les couleurs. Mais avant, cela demande de faire
un tri et retenir les investisseurs les plus sérieux.
A défaut, des formations peuvent être envisagées pour les aider dans ce sens.
Mais faudrait-il encore que ces africains se manifestent ? Pour ma part, je ne
m’en plains pas. J’ai le soutien des autorités. En Côte d’Ivoire comme en
Guinée, les informations sont mises à ma disposition quand j’en ai besoin. Ici
en Côte d’Ivoire, le gouvernement fournit assez d’efforts. En juillet dernier,
il a inauguré le cadastre minier ivoirien qui est maintenant électronique comme
en Guinée.
Quelles sont les difficultés que vous
rencontrez dans ce secteur en tant que femme ?
En tant que femme, je suis souvent incomprise. Vu que nos us et coutumes
africaines recommandent que la femme reste à l’avant-garde. En Côte d’Ivoire
comme en Guinée, j’ai été confrontée à un problème d’intégration bien que je
sois africaine. J’ai vécu à l’extérieur précisément aux Etats-Unis pendant plus
de 30 ans. Je suis plus anglophone que francophone. J’ai plus adopté le système
de travail des anglophones.
Comment fonctionne ce système ?
Chez nous on dit que « le temps est de l’argent ». Les francophones ont
tendances à être laxistes alors que le système anglophone voudrait que tout se
fasse dans un temps précis. Etre bien organisé et pro-actif. Une autre
difficulté, c’est le manque de ressources humaines. J’ai du mal à trouver des
personnes intellectuellement capables d’assurer les postes et qui ont envie de
travailler.
C’est quand même surprenant, alors qu’il
y a une filière en Côte d’Ivoire qui enseigne les mines et la géologie ?
Comment comprendre qu’il n’y ait de ressources humaines disponibles dans le
métier des mines ?
Si, il y en a partout en Afrique mais où il faut les trouver ? Il n’y a pas mal
de tri à faire avant de trouver la bonne personne. Moi, j’ai quand même eu la
chance d’avoir avec moi des jeunes qui sont bourrés de bonnes volontés malgré
leur petite expérience.
Quels sont vos projets communautaires
pour les habitants de « Guingouiné dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, là où vous
exercez ?
Dès que j’aurais fini les démarches au niveau du ministère et que je me serais
installée dans la légalité à Guingouiné, je soutiendrai la coopérative des
femmes, mais j’instaurerai également un projet de développement dans la
localité. A savoir, construire une église, une école, une mosquée, un
dispensaire. Ce sont des choses qui viendront à long terme. Dans l’immédiat,
nous allons offrir deux panneaux solaires pour électrifier le village et lancer
les travaux de traçage de la route de Gouiguiné au village.
Avez-vous des propositions réduire le
phénomène de l’orpaillage clandestins ?
Je pense que le gouvernement doit mettre en place une politique pour intégrer
les orpailleurs clandestins. En Guinée, le gouvernement a trouvé un système qui
a permis de les intégrer moyennant un prix forfaitaire. Ils ont une carte qui
les identifie et qui leur permet de travailler, pas en tant que clandestins
mais en tant qu’artisan. Ils payent des taxes et l’Etat ne perd pas.
Et par la même occasion, on leur donne une formation sur les mines en fonction
des saisons. Cela nous éviterait les éboulements comme c’est le cas dans
plusieurs pays actuellement. Tout cela arrive parce que nous ne respectons pas
les saisons. Il faut éviter de faire les mines pendant la saison pluvieuse.
Même nous les industrielles, beaucoup ne savent pas cela.
Il faudrait que le gouvernement mette en place un système qui puisse délimiter
les espaces. Dans le plan cadastre, il y a des zones qui sont attribuées à
l’artisanat et à l’exploitation des minerais. Nous, en tant qu’industriel, nous
devons collaborer en trouvant le moyen de travailler avec eux. Sinon ils sont
capables de créer des problèmes environnementaux.
Avec AIP
l’ancien président du Conseil national de la communication, Tiguidanké Mounir
Camara est la présidente directrice générale (PDG) de Tigui mining Groupe, une
entreprise d’exploitation des mines créée en 2012 dont le siège est basée en
Côte d’Ivoire. Mannequin professionnel, elle lève un coin de voile sur son
plaidoyer pour l’émergence de la femme, surtout dans le secteur des mines.
Interview.
D’où vous vient cette passion pour les
mines ?
D’abord, étant fille africaine, et venant d’une famille politique, j’ai compris
les enjeux des mines et son impact dans l’économie d’un pays. J’ai compris en
défilant pour des bijoutiers qui avaient des licences d’exploitation en Afrique
que les africains devraient prendre leur destin en main. J’ai constaté que pour
les actions communautaires engagées par certains exploitants n’atteignent pas
les populations.
Pour cause de mal gouvernance, les richesses sont mal reparties au grand dam
des communautés. Aussi, ai-je constaté également que les femmes auparavant
n’étaient pas trop présentes dans le secteur. Le peu de femmes qu’on y voyait,
jouaient les seconds rôles auprès des hommes. J’ai décidé de m’engager auprès
de certaines pour faire changer la donne.
Heureusement, avec l’avènement des nouvelles technologies, les femmes sont de
plus en plus présentes dans le secteur et nous comptons de nombreuses
organisations de femmes telles le réseau de femmes minières de Côte d’Ivoire
(FEMICI), dirigée par Logbo Christine.
Parlant de la présidente du FEMICI, Logbo Christine, elle affirmait lors d’une
l’Assemblée générale en juin dernier que l’activité minière est un secteur
d’avenir qui va attirer beaucoup de femmes, n’est-ce pas une illusion?
Je salue au passage l’engagement de Logbo Christine qui essaie de mettre en
lumière les activités des femmes dans le secteur minier. Nous devons nous
joindre à elle pour faire entendre notre voix auprès des gouvernants. Il faut
les emmener à comprendre que nous ne pouvons pas égaler les hommes quant aux
efforts physiques à déployer dans l’extraction des minerais, mais que nous
sommes aussi capables avec un brin de volonté d’assurer une part. Nos
gouvernants doivent avoir confiance en nous. Car quand la femme s’y met, elle
veut aller jusqu’au bout, et quand une femme veut travailler, elle le fait avec
passion.
Est-ce un défi que vous lancez aux
hommes ?
L’Afrique du Sud a le plus grand nombre de femmes propriétaires de mine partout
dans le monde. L’on en dénombre une vingtaine. Il y a aussi des femmes en
Europe qui ont des licences d’exploitations. Certes, je suis la première en
Afrique, mais j’estime que c’est parce que les autres femmes ont peur de
relever des challenges et elles manquent d’audace. Les femmes en ont les
capacités, il suffit que l’environnement leur soit favorable et que les
gouvernements offrent des opportunités d’embauche.
La chef d’entreprise Tiguidanké Camara en plein boulot d’exploration de
minerais
La chef d’entreprise Tiguidanké Camara en plein boulot d’exploration de
minerais
Qu’attendez-vous concrètement de nos
gouvernements ?
Le travail des mines demandent beaucoup d’efforts. Il faudrait que nos
gouvernants soutiennent les investisseurs locaux. Si nous avons un système qui
soutient les locaux, avec au moins 2,5% d’investisseurs locaux pour un début,
les africains peuvent annoncer les couleurs. Mais avant, cela demande de faire
un tri et retenir les investisseurs les plus sérieux.
A défaut, des formations peuvent être envisagées pour les aider dans ce sens.
Mais faudrait-il encore que ces africains se manifestent ? Pour ma part, je ne
m’en plains pas. J’ai le soutien des autorités. En Côte d’Ivoire comme en
Guinée, les informations sont mises à ma disposition quand j’en ai besoin. Ici
en Côte d’Ivoire, le gouvernement fournit assez d’efforts. En juillet dernier,
il a inauguré le cadastre minier ivoirien qui est maintenant électronique comme
en Guinée.
Quelles sont les difficultés que vous
rencontrez dans ce secteur en tant que femme ?
En tant que femme, je suis souvent incomprise. Vu que nos us et coutumes
africaines recommandent que la femme reste à l’avant-garde. En Côte d’Ivoire
comme en Guinée, j’ai été confrontée à un problème d’intégration bien que je
sois africaine. J’ai vécu à l’extérieur précisément aux Etats-Unis pendant plus
de 30 ans. Je suis plus anglophone que francophone. J’ai plus adopté le système
de travail des anglophones.
Comment fonctionne ce système ?
Chez nous on dit que « le temps est de l’argent ». Les francophones ont
tendances à être laxistes alors que le système anglophone voudrait que tout se
fasse dans un temps précis. Etre bien organisé et pro-actif. Une autre
difficulté, c’est le manque de ressources humaines. J’ai du mal à trouver des
personnes intellectuellement capables d’assurer les postes et qui ont envie de
travailler.
C’est quand même surprenant, alors qu’il
y a une filière en Côte d’Ivoire qui enseigne les mines et la géologie ?
Comment comprendre qu’il n’y ait de ressources humaines disponibles dans le
métier des mines ?
Si, il y en a partout en Afrique mais où il faut les trouver ? Il n’y a pas mal
de tri à faire avant de trouver la bonne personne. Moi, j’ai quand même eu la
chance d’avoir avec moi des jeunes qui sont bourrés de bonnes volontés malgré
leur petite expérience.
Quels sont vos projets communautaires
pour les habitants de « Guingouiné dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, là où vous
exercez ?
Dès que j’aurais fini les démarches au niveau du ministère et que je me serais
installée dans la légalité à Guingouiné, je soutiendrai la coopérative des
femmes, mais j’instaurerai également un projet de développement dans la
localité. A savoir, construire une église, une école, une mosquée, un
dispensaire. Ce sont des choses qui viendront à long terme. Dans l’immédiat,
nous allons offrir deux panneaux solaires pour électrifier le village et lancer
les travaux de traçage de la route de Gouiguiné au village.
Avez-vous des propositions réduire le
phénomène de l’orpaillage clandestins ?
Je pense que le gouvernement doit mettre en place une politique pour intégrer
les orpailleurs clandestins. En Guinée, le gouvernement a trouvé un système qui
a permis de les intégrer moyennant un prix forfaitaire. Ils ont une carte qui
les identifie et qui leur permet de travailler, pas en tant que clandestins
mais en tant qu’artisan. Ils payent des taxes et l’Etat ne perd pas.
Et par la même occasion, on leur donne une formation sur les mines en fonction
des saisons. Cela nous éviterait les éboulements comme c’est le cas dans
plusieurs pays actuellement. Tout cela arrive parce que nous ne respectons pas
les saisons. Il faut éviter de faire les mines pendant la saison pluvieuse.
Même nous les industrielles, beaucoup ne savent pas cela.
Il faudrait que le gouvernement mette en place un système qui puisse délimiter
les espaces. Dans le plan cadastre, il y a des zones qui sont attribuées à
l’artisanat et à l’exploitation des minerais. Nous, en tant qu’industriel, nous
devons collaborer en trouvant le moyen de travailler avec eux. Sinon ils sont
capables de créer des problèmes environnementaux.
Avec AIP
