Chaque jour, les rayons de bibliothèque se remplissent de livres, œuvres d’auteurs aux parcours différents. Mais parmi cette multitude d’auteurs, il en est dont l’inspiration s’enracine dans la quête identitaire comme pour dire : « terre natale, me voici pour me ressourcer auprès de toi ». Tel est le cliché sous lequel se présente Médard Delali AVEGNON, enseignant-chercheur, formateur à l’école normale supérieure d’Atakpamé, mais aussi observateur des traditions eʋe.
Formé à investiguer les cantons des traditions orales, universitaire confirmé avec son grade de Professeur titulaire de littérature orale, Médard Delali AVEGNON publie des articles qu’on pourrait regrouper sous trois principaux axes : la religion traditionnelle, la parémiologie et les pratiques culturelles. A son actif, on compte aujourd’hui, en dehors des articles scientifiques, quatre ouvrages dont trois s’enracinent dans le riche patrimoine eʋe.
Avec Afa, pratique et textes chez les Eʋe (Presses académiques francophones, Sarrebruck, 2013, ISBN 978-3-8416-2265-5, 316p), Médard Delali AVEGNON analyse les textes afférents aux signes d’Afa : récits, récitatifs, chants, prières invocatoires et prières sacrificielles. En effet, Afa, est une pratique divinatoire dont le but est de réaliser une symbiose entre l’individu et lui-même. Sa pratique est basée sur le décryptage de deux cent cinquante-six signes (dont seize signes-mères et deux cent quarante signes-mineurs) auxquels sont associés des textes dont l’interprétation permet au devin de répondre aux sollicitations des consultants. Les textes d’Afa ont trois fonctions : la fonction didactique, la fonction cathartique et la fonction euristique. Les différents thèmes abordés dans ces textes concourent à exprimer la vision du monde et des hommes par les Eʋe à travers d’inestimables richesses stylistiques. Sur le plan de la symbolique, ces textes plongent l’observateur dans les subtilités et la finesse d’esprit propres aux communautés à civilisation orale.
Après le monde de la divination, Médard Delali AVEGNON, dans un cadre plus général, investit l’usage de la parole dans les actes religieux ou ésotériques traditionnels chez les Eʋe en publiant La parole sacrée chez les eʋe (2024, Editions l’Oracle, Lomé, ISBN 978-2-490226-34-4, 130 pages). Effectivement, la parole, dans les actes profanes, se différencie de la parole proférée au cours des actes sacrés. Dans le premier cas, il s’agit de communiquer avec les humains. Dans le second, il faut communiquer avec l’invisible. Ceci donne à l’acte de parole une dimension surnaturelle. La parole, en devenant sacrée, requiert des restrictions dans son usage et convoque, entre autres, les invocations, l’expression des besoins, les recommandations tout en s’adressant prioritairement aux divinités ou aux ancêtres.
Du champ des essais à celui de la fiction, Médard Delali AVEGNON ne s’embarrasse pas de s’attacher au monde vodou. Dans son roman Le vodou n’est pas ça ! (Editions L’Oracle, 2022, Lomé, ISBN 978-2-490226-26-9, 213p), il amène le lecteur empesté par une conception travestie du vodou à redécouvrir celui-ci, non comme instance du mal, mais comme protecteur de la vie. A travers l’histoire de Rigobert, le prêtre vodou, fourbe et sanguinaire, il dévoile les dessous d’un culte mercantilisé au détriment de la quête de la quiétude des humains.
Voilà trois ouvrages majeurs qui recentrent le débat sur les traditions et leur place dans les communautés contemporaines. Et comme les traditions restent un champ immense à explorer, le Professeur et écrivain Médard Delali AVEGNON et son collègue camerounais Paul SAMSIA ont publié, sous leur direction, en cette année 2026, Quête de l’être, pratiques traditionnelles et artistiques en Afrique (Ed Dinimber & Larimber, Yaoundé, ISBN 978 9956, 212p, ).