prix Nobel de la paix a sacré cette année le « combat courageux pour la
liberté d’expression » de deux journalistes. Le comité norvégien a attribué
le prestigieux prix, vendredi 8 octobre, à la Philippine Maria Ressa et au
Russe Dimitri Muratov.
Maria
Ressa et Dimitri Muratov « sont les représentants de tous les journalistes
qui défendent cet idéal dans un monde où la démocratie et la liberté de la
presse sont confrontées à des conditions de plus en plus défavorables », a
déclaré la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen, à Oslo.
Dimitri Muratov dédie son prix à Anna
Politkovskaïa
Âgé
de 59 ans, Dimitri Muratov, un des fondateurs et rédacteur en chef du journal
russe Novaïa Gazeta, « a depuis des décennies défendu la liberté
d’expression en Russie dans des conditions de plus en plus difficiles », a
souligné le jury.
Il
a dit dédier son prix à Novaïa Gazeta et à ses collaborateurs assassinés pour
leur travail et leurs enquêtes. « Ce n’est pas mon mérite personnel. C’est
celui de Novaïa Gazeta. C’est celui de ceux qui sont morts en défendant le
droit des gens à la liberté d’expression », a-t-il dit, cité par l’agence
de presse publique TASS, et listant les noms des six journalistes et
contributeurs au journal assassinés, dont Anna Politkovskaïa.
Régulièrement
victime de menaces et de pressions, Novaïa Gazeta a vu six de ses
collaborateurs être tués depuis sa création en 1993, dont Anna Politkovskaïa,
assassinée il y a 15 ans quasiment jour pour jour.
Ironie
du sort, le Kremlin a salué vendredi le « courage » et le
« talent » de Dmitri Mouratov, après son prix pour son combat en faveur
de la liberté d’expression. « Nous pouvons féliciter Dmitri Mouratov. Il
travaille en continu en suivant ses idéaux, en les conservant. Il est
talentueux et courageux », a déclaré aux journalistes le porte-parole de la
présidence russe, Dmitri Peskov.
Le courage de Maria Ressa face à
l’autoritarisme de Rodrigo Duterte
Quant
à Maria Ressa (58 ans), avec son média d’investigation Rappler cofondé en 2012,
« elle utilise la liberté d’expression pour exposer les abus de pouvoir et
l’autoritarisme croissant dans son pays natal, les Philippines », dirigé
par Rodrigo Duterte, a salué le jury du Nobel.
La
journaliste critique du président philippin a exprimé son « choc » à
l’annonce du prix et a assuré que Rappler « ne fera que continuer à faire
ce que nous faisons ».
L’attribution
du Nobel de la paix à des journalistes prouve que « rien n’est possible
sans les faits », a réagi vendredi la co-lauréate du prix. « Un monde
sans faits signifie un monde sans vérité et sans confiance », a-t-elle
ajouté lors d’un entretien diffusé en direct sur Rappler.
Avec France 24.