Sur le continent africain, les récits médiatiques venus d’ailleurs ont toujours eu un poids particulier. Certains médias étrangers se sont érigés en juges autoproclamés des démocraties africaines, prompts à pointer du doigt, à commenter et à dénoncer. Mais seulement, quand cela sert leurs récits ou leurs intérêts. Curieusement, ces mêmes médias, si bruyants lorsqu’il s’agit de certains États africains, deviennent étrangement silencieux dès qu’il s’agit d’autres pays du même continent où les situations sont tout aussi préoccupantes.
Révisions constitutionnelles à la veille de fins de mandats, scrutins marqués par la violence ou par des irrégularités flagrantes, les exemples se multiplient sans que les grands médias dits “de référence” ne s’en émeuvent. Pourtant, ces mêmes médias n’hésitent pas, dans d’autres contextes africains, à dépêcher des “experts maison” pour commenter, parfois sans la moindre nuance, des processus électoraux qu’ils connaissent à peine. Là où ils devraient informer avec rigueur et équilibre, ils préfèrent alimenter des narratifs à géométrie variable, donnant ainsi une impression d’arbitraire dans le traitement de l’actualité africaine.
Cette attitude sélective trahit une forme de condescendance à peine voilée. On dénonce ici, on applaudit ailleurs. On brandit les principes démocratiques d’un côté, on détourne le regard de l’autre. Ce double standard médiatique contribue à fausser la perception du continent et à entretenir une hiérarchie implicite entre les pays africains, selon qu’ils soient “fréquentables” ou non dans les cénacles diplomatiques ou économiques.
L’Afrique n’a pas besoin d’une tutelle médiatique étrangère, encore moins d’une morale à sens unique. Ce dont elle a besoin, c’est d’un regard juste, équitable et cohérent, un regard qui observe, analyse et critique avec la même exigence partout, sans favoritisme ni silence complice. Car, à force de pratiquer ce journalisme sélectif, ces médias perdent ce qui fait leur véritable valeur : la crédibilité.